Du drame au bonheur absolu, il n’y a souvent pas grand-chose…


Nous sommes en Mars 2011, Odette Akakpo, sage-femme de son état ne peut s’empêcher de laisser éclater sa joie en allant se jeter dans les bras de son époux Jérôme Mensah. La raison, elle venait d’être d’acceptée pour poursuivre ses études en puériculture dans une ville du sud de la France. Elle s’imaginait déjà en étudiante française, et surtout les nouveaux horizons qui pourraient s’ouvrir à elle à l’issue de ce stage.

Seulement, cette joie ne sera que de courte durée. Odette, 32 ans, va découvrir quelques jours après qu’elle était enceinte bien qu’étant sous pilules contraceptives. Comment cela a-t-il pu se produire ? Où en est le Togo par rapport à cette technique et surtout en matière de planification familiale ? Ce sont autant de questions que nous nous sommes posés lorsqu’Odette nous a raconté son histoire.

Au Togo, le problème de la contraception a été appréhendé sous différentes formes. Il fait partie des activités de différentes institutions du pays: l’Association Togolaise pour le Bien-Etre Familial (ATBEF) dans le secteur privé, et le Programme National pour le Bien-Etre Familial (PNBEF) dans le secteur public. Par ailleurs, plusieurs études ont également été menées sur la question.

Pour en savoir plus sur la question, nous avons donc interrogé le docteur M’Bortché Bingo Kignomon, qui nous a expliqué qu’une méthode contraceptive est un moyen, naturel ou artificiel mis à la disposition des individus ou des couples pour empêcher temporairement ou définitivement la survenue d’une grossesse. Selon les informations recueillies auprès de lui, au Togo il y a les méthodes temporaires de courte durée d’action, les méthodes temporaires de longue durée d’action et les méthodes permanentes ou de stérilisation. Chacune de ses méthodes comportent plusieurs catégories. Bref, en fonction de plusieurs paramètres qui peuvent être à la fois physiologique ou culturelle, les femmes sont amenées à choisir une méthode contraceptive, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients.

Pour le cas spécifique d’Odette qui est à l’origine de cette enquête, elle a choisi après conseils de son gynécologue de prendre la pilule. Il s’agit de la méthodes temporaire hormonale de courte durée d’action dont le mécanisme d’action est de bloquer l’ovulation, d’épaissir la glaire cervicale et de rendre l’endomètre non réceptif. Que ça soit les contraceptifs oraux combinés ou les contraceptifs à seul progestatif, ils sont pris quotidiennement à la même heure sans oubli jusqu’ au moment où l’on désire avoir des enfants. Lorsqu’on oublie la prise de la pilule, il y a risque de tomber enceinte. Ce risque devient très important quand le nombre de pilule oublié par plaquette augmente. En revanche, elle corrige les troubles menstruels et son utilisation est facile et l’emploi peut être arrêté à tout moment. Toutefois, c’est une méthode contraignante; l’oubli augmente les risques de grossesse.

Nos investigations et nos recherches documentaires au centre de santé de Bè, auprès de certaines cliniques privées de la place et la consultation des enquêtes réalisées dans le domaine par l’EDST nous ont permis de découvrir que parmi les méthodes modernes de contraception, la pilule (13,4 %) et les injections (11,2 %) apparaissent comme les plus connues spontanément par les femmes au Togo; du côté des méthodes traditionnelles, ce sont l’abstinence (8,3 %) et la continence périodique ou Ogino (6,4 %) qui sont les méthodes les plus connues de façon spontanée. Mais après entretien, explication et description des méthodes, on note que la stérilisation féminine (65,1%), les injections (46,6 %), le stérilet (37,4 %), le préservatif (32,6 %) et enfin la pilule (31,6 %) apparaissent comme les méthodes les plus connues des femmes. Pour ce qui est des méthodes traditionnelles, la proportion des femmes à avoir déclaré connaître des méthodes a, tout comme le cas précédent, augmenté de façon considérable après description des méthodes. Bien entendu, l’abstinence (72,7 %) et la continence périodique (46 %) demeurent toujours les méthodes les plus connues, mais d’autres méthodes, comme le retrait (36,9 %) ou les plantes médicinales (22,1%), sont connues, après description, par beaucoup de femmes.

Ce qui en d’autre temps aurait pu constituer un bonheur absolu pourrait se transformer en drame. En effet Odette a longtemps redouté le moment où elle devrait affronter son conjoint et lui annoncer la nouvelle, car ayant tous les deux pris la décision de contrôler leur naissance à travers le planning familial et aussi et surtout parce qu’ils n’étaient pas encore prêts ! Et puis, non seulement le projet de formation tombait à l’eau, mais Odette était persuadée Jérôme (c’est son conjoint) pourrait penser qu’elle a fait exprès.

Cette situation, Odette n’est pas la seule à l’avoir vécu. Au Togo, elles sont nombreuses à être sous méthodes contraceptives. Les dernières statistiques rendues publique par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) estime à 13,2%, le taux de prévalence contraceptive. Et pourtant l’Organisation onusienne estime à 37,2% les demandes non satisfaites en planification familiale. Nous avons réussi à arracher quelques témoignages, aux victimes qui ne voulaient pas s’exprimer, nous avons eu accès à la documentation médicale, notamment les documents de l’ESDT (Enquête Santé du Togo), procédé à des recoupements, en interrogeant des sages-femmes et des médecins.

Pour Odette, cette histoire a finalement connu un happy end, puisque non seulement elle a pu aller faire sa formation, mais a accouché d’un beau petit garçon sur le sol français. Quinze ans après cette histoire qui a failli emporter son couple, c’est avec un grand sourire qu’elle évoque ce moment spécial de sa vie.

AMTA.

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