J’ai vu Dieu, il est noir, esclave et bon marché

N’ayons pas peur des mots ! A 300 euros environ, l’immigrant non-choisi, c’est plutôt une bonne affaire. Et Dieu dans tout ça ? Dieu est dans chaque homme vendu. Pour mémoire, Je ces propos sont ceux d’Elie Wiesel assistant forcé aux massacres de juifs durant la deuxième guerre mondiale. Où est Dieu dans tout ça – aurait demandé un badaud se tenant à ses côtés. Il lui avait répondu : Dieu est là-bas, pendu haut et court avec les autres juifs. En théorie, l’unanimité est faite. On ne peut pas vendre un homme, question de valeurs humaines, de valeurs morales, de valeur tout court. L’individu n’est pas une denrée à commercialiser, à louer, à brader. Dans les faits, ce sont parait-il des libyens qui avaient le sens des affaires et connaissaient bien la définition économique du marché : Lieu de rencontre de l’offre et de la demande. L’offre : Trop de migrants concentrés gratuitement sur le territoire libyen. La demande : Des « sans foi, ni lois » à la recherche d’une main d’œuvre au noir pour leurs menus travaux (agriculture, élevage etc). Le libyen n’a pas hésité. Il a saisi une opportunité.

Sur le continent, surtout au sud du Sahara, la région qui fournit le plus de migrants-esclaves au territoire libyen, les réactions sont étonnamment mitigées. Si la communauté noire d’Europe s’est fendue en de multiples manifestations pacifiques avant d’oublier (c’est humain), les africains habitants l’Afrique même ne se sont pas vraiment foulés la rate. L’opinion générale a condamné mais personne n’a jamais vraiment levé le petit doigt de contestation. On s’en étonne ?

Qu’est ce qui a empêché la fibre anti-esclavage de vibrer dans les contrées de l’Afrique noire pour déverser une vague de manifestants vociférant condamnations et proférant malédictions sur le libyen négrier ? La vérité, c’est que l’Afrique elle-même a longtemps porté les germes de l’esclavage. De toute son histoire, à travers les épopées guerrières qui ont fait et défait les grands empires du Mali, Songhaye, Gao, Ghana, il n’y a eu qu’une longue trainée de tribus vaincues et réduites en esclavage que les vainqueurs se passaient, se prêtaient, s’offraient, et même sacrifiaient ; l’esclave, ce n’est pas ce qui manquait à ces époques-là. Puis vinrent les déportations sur les côtes marines organisées savamment par les autochtones eux-mêmes. Les européens ont acheté chaque homme noir aux noirs vendeurs d’esclave. Aucun Européen esclavagiste n’a effectué de razzia à l’intérieur des terres pour attraper le nègre et l’emmener de force dans sa caravelle. D’ailleurs, ce sont encore bien ces européens-là qui ont tiré la sonnette d’alarme sur le commerce des esclaves et sommé les fournisseurs africains, vendeurs de leurs propres frères et sœurs, d’arrêter le commerce et/ou le massacre. C’est une vérité qui s’impose malgré son non-sens : Même les abolitionnistes de l’esclavage étaient blancs ! Alors, qu’on arrête de se voiler la face.

Et d’ailleurs, qu’à cela ne tienne, si le blanc a dit non à la vente des esclaves, cela n’a pas empêché la pratique de perdurer en local sur le continent. La Mauritanie est l’une des plus grandes terres d’esclavage au monde. L’esclave se loue, se vend, s’hérite, se marchande etc. Il est un bien d’équipement sujet à l’usufruit. Les nombreux documentaires généralement commandés par l’UNICEF ont montré les enfants domestiques travaillant très jeunes, trop jeunes, dans les ménages de plusieurs pays africains : Togo, Bénin, Ghana… Les cas d’esclavage sont légions. Les habitudes ont la vie dure. Si nous sommes finalement habitués à voir nos semblables dans les chaînes, est-ce qu’on n’accepte pas de les porter un jour, nous-mêmes ? (je paraphrase Abraham Lincoln, Président des Etats-Unis, et abolitionniste de la première heure).

En ce 21ème siècle, époque des libertés et de la libération des idées, de la parole, et de la promotion des droits humains, les noirs d’Afrique n’arrivent pas à voir Dieu en leur semblable. Ils sont scotchés culturellement à ces mœurs adhésives qui demandent à réduire l’autre à une condition de sous-homme abonné aux besognes privatives, sans droits et sans paiements. Comment alors irait-on condamner les vendeurs d’esclaves libyens ? Sur ce point-là plus rien ne devrait nous étonner. Et déjà, la nature humaine aidant, aujourd’hui tout le monde a encore oublié, qu’en Libye comme autour de nous, ça ne s’est pas arrêté.

 

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *