Musique : Aretha Franklin, la dernière « voix » de la Soul

Hommage à Aretha Franklin

C’est son agent Gwendolyn Quinn qui a rendue publique l’information ce jeudi 16 août 2018. La plus impressionnante (quatre octaves) voix féminine de l’histoire de la musique soul ne retentira plus.

L’histoire d’Aretha Franklin c’est celle pratiquement de la maison de disques Atlantic avec des titres mémorables tels que Spanish Harlem, Respect, A little Prayer, etc…

La fille du révérend Clarence LaVaughn Franklin et de Barbara, pianiste et chanteuse est née le 25 mars 1942 à Memphis (Tennessee). Elle a été éduquée l’Eglise du Gospel. Son père, pour lequel elle voua une admiration éperdue durant toute son existence (il fut gravement blessé par des cambrioleurs en 1979, puis succomba après cinq années de coma), était l’une des autorités religieuses les plus respectées de la communauté noire. Ce père fumeur de cannabis avait les idées larges : le jazz était non seulement toléré, mais convié dans la grande maison familiale de Detroit fréquentée par le pianiste Art Tatum et par les chanteurs de gospel Mahalia Jackson et Sam Cooke, qui seront les modèles d’Aretha.

A l’âge de 5 ans, Aretha chante déjà à l’église. A 11 ans, alors qu’elle vient de perdre sa mère, elle est promue soliste et commence à graver ses premiers enregistrements à 14 avec l’album Songs of Faith, publié par un petit label local. Précoce. Pas seulement pour la musique, puisque, cette même année, elle donne naissance à un fils.

Sa première signature, elle l’a apposée dans les années 60 au bas d’un contrat avec Columbia par l’intermédiaire d’une certain John Hammond qui avait découvert Billie Holiday. Mais, ce curent six années perdues. Elle finit par rompre ce contrat en 1966 pour rejoindre Atlantic le label des frères Ertegun et du producteur Jerry Wexler, qui accompagne la carrière de Ray Charles. La séance d’enregistrement de I Never Loved a Man (The Way I Love You) est entrée dans l’histoire : la jeune fille de bonne famille noire et nordiste atterrit dans le Sud profond et se retrouve face aux musiciens blancs des studios FAME, à Muscle Shoals. Dans cet Alabama de sinistre réputation où ont été réprimées dans le sang, moins de deux ans plus tôt, les marches de protestation de Selma à Montgomery.

Sa voix vertigineuse a trouvé l’équilibre parfait entre ferveur et douleur. Car ce qui filtre bientôt de sa vie est moins radieux : un mari violent qu’elle quitte en 1969, le compagnonnage fidèle de l’alcool.

La décennie 1970 marque l’apogée commercial et l’entame du déclin artistique (aggravé par le départ de Wexler d’Atlantic en 1976) d’une chanteuse qui semble parfois se contenter de vivre sur ses acquis. Adoptée par la génération hippie, comme en témoigne le bouillant double live capté en mars 1971 au Fillmore West de San Francisco, la star collectionne toujours les hits – Bridge Over Troubled Water, Spanish Harlem ou Rock Steady – et collabore avec les plus grands musiciens de son temps, Quincy Jones, Curtis Mayfield ou Lamont Dozier, un des génies de la Motown. Elle publie encore de grands albums, plus orchestrés et au tempo ralenti, tels Spirit in the Dark (1970) ou Young, Gifted & Black (« jeune, talentueuse et noire », 1972), une proclamation empruntée à Nina Simone. Sur scène, elle cultive son personnage de diva imprévisible et capricieuse aux robes extravagantes, les cheveux ramenés en chignon ou coiffés d’un boubou « Back to Africa ».

Aretha Franklin c’est aussi dix-huit Grammy Awards et 18 dates clés :

25 mars 1942 Naissance à Memphis (Tennessee)
1956 Premiers enregistrements à Detroit (Michigan)
1966 Quitte la maison de disques Columbia pour Atlantic
1967 Respect est numéro 1 des classements pop et rhythm’n’blues
1972 Retour au gospel avec l’album Amazing Grace
1984 Décès de son père, le révérend Clarence LaVaughn Franklin
2009 Star de la cérémonie d’investiture de Barack Obama
2018 Mort à 76 ans

La « Lady Soul » s’en est allée. On se souviendra longtemps de cette phrase indignée à l’époque d’Otis Redding, lorsqu’en 1967, il saluait l’ascension d’une jeune femme qui avait littéralement dépossédé de son œuvre la star de la musique soul : RESPECT.

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