Togo : Lomé, comme si les fêtes étaient reportées

C’est une réelle épidémie qui s’est répandue au sein de la population. Une maladie à laquelle on n’a pas encore trouvé de nom. Une non-consommation qui ne dit pas son nom. Les loméens (habitants de la capitale du Togo) ont déserté les lieux de spectacle, ils ont boycotté les concerts, ils vont encore moins faire des emplettes au marché, en prélude à la période festive à leurs portes. (écoutez l’audio).

Cette population naguère joyeuse commence par faire grise mine. Aux dernières nouvelles, les dépenses festives n’intéressent plus grand monde. Pour dépenser dit-on ici et là, il faut avoir de quoi dépenser. Si depuis quelques d’années, les chiffres officiels annoncent une croissance constante de 5%, la richesse produite semble s’être arrêtée aux bourses des élites. La croissance n’est pas ressentie dans le panier de la ménagère ; Lomé ne s’est jamais aussi mal portée à l’approche des fêtes. Même la seule et unique nouvelle salle de cinéma de la capitale (sensée être une nouvelle attraction) ne se remplit qu’aux tiers de sa capacité dans le meilleur des cas.

Le reste de la population fait preuve d’une sagesse économique renversante, n’investissant qu’en besoins primaires : se nourrir et accessoirement se vêtir. On dit le Togolais désintéressé, désabusé, fatigué, ennuyé, tirant le diable par la queue, ou cherchant dans le meilleur des cas à joindre les deux bouts. Le doigt accusateur est évidemment pointé vers la classe dirigeante. L’Etat ! Etat qui ne peut pas tout faire, mais qui surtout donne l’impression de ne pas en faire assez, ou même de ne se préoccuper que d’une minorité. C’est aussi cela le Togo, pays à deux vitesses où les rancœurs deviennent des sourdes plaintes à la vue des villas cossues et des Mercedes rutilantes d’une minorité dite proche de la classe dirigeante du pays. Le sentiment général exprimé : si ça ne va pas, c’est de leur faute.

Aujourd’hui le pronostic vital des festivités de fin d’année est donc engagé. La fête aura-t-elle lieu ? Pour certains, ternir l’ambiance de ces périodes festives est une défiance à l’endroit de la classe dirigeante. Les togolais sont malheureux, il n’y a pas de quoi être content, à quoi cela servira-t-il de célébrer une nouvelle année qui risque de ne pas tenir à son tour ses promesses. Briller par son absence aux différents évènements organisés dans la capitale est devenu une action civile non concertée mais généralement suivie et approuvée par de nombreux togolais pour demander à l’Etat qui pense déjà bien faire, de faire mieux ; beaucoup mieux.

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