Basketball / RDC : Kamimbaya Longanza , « nous méritons plus de considération »  

 Basketball / RDC : Kamimbaya Longanza ,  « nous méritons plus de considération »  

Kamimbaya Longaza Marie-Claire surnommée (KLM) « Kamie » ou encore « Petit Poisson Basketball » est une légende vivante du basketball en RDC. Double championne d’Afrique 1982 et 1984 avec la sélection nationale et meilleure marqueuse et joueuse. Elle a accepté de se confier à ahouevi.info

Ahouevi : Madame, présentez-vous à nos lecteurs s’il vous plait

KLM : Mon nom est Kaminbiya Longanza alias Petit Poisson Marie-Claire. Je suis ancienne basketteuse de la RDC. J’ai beaucoup joué à l’équipe nationale et beaucoup connu par mon surnom Petit poisson. Si aujourd’hui je suis sur le stade, c’est parce que je suis devenue membre de la ligue de Basketball.

Ahouevi : Comment vous êtes arrivée au Basketball ?

KLM : J’ai commencé en 1981. Ce qui m’a attiré au Basketball c’est que j’admirais celles qui jouaient à l’école. Il y avait un blanc qui entraînait nos aînées. Je l’ai approché mais à cause de ma taille (courte) et ma forme (mince), il ne me choisissait pas.

Mais, lorsque j’ai commencé avec l’école sacré cœur, quand j’étais en vacances chez ma sœur, l’une de mes voisines Doumbé m’a dit comme j’avais un ballon de basketball, de venir apprendre et c’est comme cela petit à petit que j’ai acquis de l’expérience.

Ahouevi : Quels sont les meilleurs souvenirs de votre carrière ?

KLM : j’ai été plusieurs fois meilleure marqueuse dans mon pays la RDC et aussi à l’extérieur, surtout les titres de championnes d’Afrique. Il y a aussi les relations que j’ai créées beaucoup à l’extérieur. Malheureusement dans notre pays, on ne considère pas les filles et le basketball c’est pourquoi l’on passe inaperçues. Mais lorsque je suis à l’extérieur, l’on nous reçoit avec considération. Tu verras même des étrangers t’appeler pour une photo. Dernièrement, j’étais au Sénégal, le premier ministre a cherché à me voir. Il m’a reçu avec sa famille et on m’a invité sur des chaînes de télévision pour des émissions mais malheureusement dans notre pays, on n’a pas de valeur.

Ahouevi : Quel était le secret de votre réussite ?

KLM : Lorsque nous jouions, nous étions jeunes élèves. Nous venions de nos familles et parfois de nos classes pour jouer. A cette époque, le gouvernement nous prenait en charge et c’était garanti et assuré. Nous assistions à toutes les compétitions, mais maintenant c’est du tâtonnement.

Les jeunes voyagent sans frais de mission, elles s’entrainent puis écopent des forfaits faute de moyen. Comment auront-elles le courage de persévérer en étant traitées de la sorte ? Maintenant dès qu’une athlète va même à Brazzaville, à côté, elle s’exile. Ça fait mal mais nous, par contre nous sommes restées longtemps ensemble. Le Président de la république et la première dame à l’époque s’occupaient de nous.

Peu importe où nous allions, le gouvernement faisait tout parce que nous ramenions des trophées et nous ne fuyons pas. Mais actuellement c’est normal qu’elles fuient. C’est malheureux pour notre Basketball pourtant nous sommes deuxièmes en Afrique jusqu’à présent.

Ahouevi : Lorsque vous avez gagné la coupe, qu’est-ce que le pays vous a offert ?

KLM : On avait eu des voitures, nous avons vendu et nous avons acheté des parcelles. Depuis notre époque, il n’y a plus beaucoup de trophées chez les dames. Il y a eu 1994 avec l’équipe de Mwadi Mabika et les garçons qui viennent de remporter le premier AFroCAN de basketball au Mali et ils sont en attente de leur cadeau.

Ahouevi : Quel est le niveau du Basketball féminin aujourd’hui ?

KLM : Nous lorsque nous jouions, on ne redoutait aucune équipe parce que nous étions motivées. Mais actuellement ce n’est pas le cas. Pour avoir le titre il faut mettre les moyens. Les pays louent même les athlètes pour avoir les titres. Nous, même celles qui évoluent à l’extérieur ont du mal à venir jouer en équipe nationale. S’il y a moyen, c’est vous les médias qui devriez parler de nous pour que la première dame Denise puisse nous recevoir ou même lui le président puisse nous recevoir. On commence par se moquer de nous quand nous sommes invités au Sénégal, au Mali mais nous ne baissons pas les bras.

Ahouevi : Comment ?

Kaminbiya: C’est parce que notre équipe est devenue défaitiste. Les anciennes avec lesquelles on se retrouvaient en France, en Yougoslavie pour les stages et qu’on gagnait à la compétition ne nous voient plus sur la scène. On nous compte maintenant parmi les faibles. Or de notre temps, la RDC était crainte. Maintenant les équipes attendent pour avoir des points par nous.

Ahouevi : Quel est votre plus mauvais souvenir ?

KLM : Mon mauvais souvenir c’est lorsqu’on nous avait frappé au Sénégal et la finale n’avait pas eu lieu. Lorsque nous nous allions dans des compétitions, les gens criaient 100, 100… Le moment de jouer contre le Sénégal sachant que nous étions meilleures, le jour de la finale, dans les vestiaires, leurs supporters et les policiers ont créé du désordre.

On nous a frappé et après on nous dit de nous reposer. Le temps pour nous de sortir, le Sénégal avait déjà remporté le trophée. Nous avions perdu par forfait et nous avions pleuré. A notre retour au pays, le président Mobutu ayant appris cela a convoqué le ministre des sports, le président de la fédération de basketball et les a envoyés en mission en Egypte pour voir la FIBA Afrique. Le président Mobutu a dit « si vous n’annulez pas cette coupe, entre vous et moi c’est terminé ». On a annulé ce championnat.

Et lorsque nous sommes allés reprendre, nous avons tout fait pour éliminer le Sénégal en quart de finale pour qu’elles ne jouent pas la finale et nous l’avions fait parce que nous étions des patronnes.

Ahouevi : Avez-vous déjà participé au TIAB ?

KLM : Nous avons reçu des invitations mais lorsqu’elles étaient arrivées à la fédération, on a placé d’autres personnes. Pourtant on avait parlé avec Maria Barboza, Fatou et autres. Du moins nous avons créés notre structure ABAC (association des anciennes basketteuses du Congo). Nous sommes en train de nous préparer mais le comité, ce sera seulement nous qui avions pratiqué le basketball.

Ahouevi : Quel autre sport avez-vous pratiqué ?

KLM : J’ai joué aussi au handball dans le club des Scorpions et là Mr Sapou était le vice-président. Ce n’était pas pour longtemps. J’ai joué également le volley-ball dans un club du quartier Matoungué. On me prenait là beaucoup pour ma taille mais je n’ai pas vraiment bien évolué là-bas parce que le Basketball me prenait beaucoup de temps.

Ahouevi : Que pensez-vous du niveau du Basketball féminin africain ?

Kaminbiya: Le Sénégal et le Nigéria sont au Top parce qu’ils mettent les moyens en jeu. Les athlètes qui évoluent bien, l’Etat les envoie aux Etats-Unis là où il y a vraiment le Basketball. Il y a cinq ou six athlètes qui vont apprendre des fois on met même une américaine dans l’équipe. Chez nous on va souvent nous préparer en Algérie pourtant notre niveau est meilleur que celui de l’Algérie.

Ahouevi : Quel est votre secret d’être toujours meilleure marqueuse ?

KLM : Nous avions cette hargne de vaincre, de gagner toujours avec ma complice Ligenga. On s’était dit d’être toujours les meilleures. J’avais une forte vitesse, je n’étais pas grande de taille mais j’avais l’intelligence de pousser l’adversaire à la faute. Face aux adversaires de taille, je ne craignais pas mais je savais comment faire pour te pousser à la faute et marquer.

Ahouevi : Que faites-vous d’autre dans la vie à part le sport ?

Kaminbiya: J’étais hôtesse de l’air mais comme dans les lignes aériennes congolaises il n’y a plus d’avions, notre société a fait faillite et on est toujours dans l’attente.

Propos recueillis par Laeticia Dembo, Tony Dee et transcrits par Agbo Love.

Tony DEE

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